Saison 18-19

Faust questionne les jeunes

Musique, théâtre, peinture… six classes du Canton de Genève ont participé à différents ateliers autour de Faust.


© GTG / Samuel Rubio

Durant ces activités organisées par le Service pédagogique du Grand Théâtre, les élèves ont mené une réflexion autour du personnage de Faust et de ses questionnements existentiels.

L’opéra Faust de Charles Gounod, mis en scène par Georges Lavaudant, a été retenu pour les activités destinées aux élèves. D’une grande intensité dramatique, cette œuvre leur a permis de se concentrer sur le mythe de Faust selon Goethe (et sa traduction en opéra), mais aussi d’appréhender le mal-être d’un personnage en proie au doute et menacé par un nihilisme montant : Faust regrette d’avoir consacré sa vie au monde intelligible, il maudit donc en bloc science, patience, prière et foi. Il veut alors se « précipiter dans la vie sensible », « dans le murmure des temps, dans les vagues agitées du destin ». Dans son désir de libération, il s’écrie : « Délivre-toi, lance-toi dans l’espace » (chez Goethe).

Ces questions existentielles ne pouvaient que passionner les adolescents en pleine période de réflexion quant à leur avenir. Trois activités de musique, de théâtre et de peinture ont été organisées par le Service pédagogique, avec pour mission de donner aux élèves un rôle actif dans leur réflexion menée autour de l’opéra de Gounod. Petit retour sur ces journées.

Lors d’un premier atelier d’écoute en classe, les élèves ont identifié le lien étroit existant entre la musique et les émotions du personnage. La déréliction de Faust est suggérée par une orchestration peu fournie (uniquement les cordes). Les arrêts de la musique et ses reprises, ainsi que le chromatisme, montrent l’égarement et le doute du personnage se questionnant sur son existence. Le choix du décor, également, prend tout son sens : point de laboratoire avec livres poussiéreux et mystérieuses fioles qui évoquent souvent le savant, mais un parking. Déroutant ? Non, car les élèves ont vite établi le lien entre ce décor et le monde intérieur de Faust, en proie au néant, et dont le premier mot dans cet opéra est : « Rien ! ».

Les élèves ont également participé à un atelier de théâtre musical. En travaillant sur des scènes clés du livret, ils ont incarné les différents personnages, costumés, dans un décor avec des accessoires sur mesure. Grâce à cet atelier artistique, les élèves – dirigés par Elsa Barthas et Pierre Dubey – ont découvert le travail d’acteur. Ils ont pu s’emparer activement du livret et des personnages en leur donnant une interprétation personnelle, et ceci sans oublier la musique, si propice pour accéder à l’intériorité des personnages.

Exprimer par les mots le dialogue, ses peurs, ses désirs et son idéal peut s’avérer difficile. Grâce à l’atelier artistique de peinture encadré par Martine Cherix et Franck Chalendard, les jeunes ont pu mettre en forme leur ressenti et créer une œuvre commune vivante. L’atelier s’est basé sur la désillusion de Faust : il n’a pas vécu sa vie personnelle et souhaite recommencer. Grâce à Méphistophélès, il s’offre une seconde jeunesse et ose se lancer. À partir de ce thème, les élèves – une centaine au total - ont eu l’opportunité de s’exprimer à leur tour. Ils ont travaillé en duo autour des questions suivantes : comment se lancer dans la vie ? Qu’emporter avec soi dans son futur?  Ce dernier atelier s’est déroulé de la manière suivante : tandis qu’un élève s’étend sur la toile dans une position qui indique sa volonté, son mouvement, son désir de se battre, un autre en fait le pourtour au fusain. Mais le fait de « se lancer dans la vie » implique une prise de risque. Le protéiforme Méphistophélès ne guette-t-il pas dans l’ombre ? Peu à peu, se dessine sur la toile un surprenant canevas d’idées… Les silhouettes prennent vie, se colorent peu à peu et des mots apparaissent.

Pas de doute, Faust a inspiré le jeune public: « Les jeunes ont pu porter un regard neuf et curieux sur le monde de l’opéra, qui leur est devenu accessible et captivant», raconte Anne Vaudano, enseignante au collège Sismondi. Mythe de la littérature et de l’opéra, Faust résonne encore chez l’homme moderne et chez le jeune public, qui a compris que « L’Homme est un risque à prendre », comme le dit si bien Kofi Annan.

Par Elsa Barthas

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