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Saison 18-19

Les métiers de l'opéra

Entretien avec Emanuela Notaro, décoratrice costume, par Tania Rutigliani.

Donner forme à la création


© GTG / Samuel Rubio

Vous êtes collaboratrice à l’atelier de décoration et accessoires costumes du Grand Théâtre de Genève. En quoi consiste votre métier ?
Il complète les ateliers de couture et de costumes. Une part de mon travail consiste à créer les éléments de costume qui ne sont pas des accessoires de jeu liés aux décors. D’autre part, j’assure le traitement des tissus et matériaux liés aux costumes. Les pièces reçues doivent pouvoir raconter une histoire et demeurer cohérents entre eux. Je teins, je patine, je peux faire vieillir un tissu ou le couvrir de strass et de paillettes. Dans le cadre d’une nouvelle production au Grand Théâtre de Genève, une fois la maquette validée par le costumier, les dessins préparatoires sont transmis aux différents ateliers. Le travail débute alors par la recherche de matériaux qui peuvent répondre au mieux aux demandes du costumier et du metteur en scène. C’est la partie la plus fascinante du travail : décrypter la maquette, saisir les intentions de l’équipe de production et donner une texture, une forme, un volume, parfois même une couleur à un concept. Il faut aussi dénicher les techniques appropriées à la réalisation des objets. Pour la reprise d’une production, le travail principal consiste à retoucher, et parfois faire évoluer, les éléments reçus. Le confort de l’artiste reste un mot d’ordre dans notre atelier. 

Et quel est votre parcours ?
Je n’ai pas suivi un parcours « traditionnel », en passant par exemple par une école d’arts décoratifs. J’ai débuté dans le monde de la couture avant de partir à 24 ans faire un Master de stylisme à Florence. De retour en Suisse, j’ai tenté ma chance un peu partout, découvrant avec curiosité les différents métiers qui s’offraient à moi. Après quelques mois, j’ai intégré les ateliers du Grand Théâtre. Au début, je travaillais dans l’atelier de couture, mais quelques temps après mon arrivée, on m’a transféré temporairement à l’atelier décoration, en raison d’une production particulièrement contraignante. J’y travaille depuis 12 ans !
L’un des aspects les plus épanouissant de cet atelier c’est la diversité de personnes et de parcours. On apprend les uns des autres et, dans beaucoup de cas, nos compétences se complètent. Le Grand Théâtre m’a également permis de découvrir l’une de mes passions, les chapeaux. J’ai d’ailleurs pu me former à leur confection à l’Atelier-Musée de Chazelles-sur-Lyon.

Quelle pièce créée par vos soins vous a particulièrement marquée ?
Ma toute première coiffe ! L’atelier confectionnait les différents couvre-chefs pour un ballet. Nous étions sous tension : il y avait beaucoup de travail et très peu de temps pour tout réaliser. Je débutais et le temps avait manqué pour me former. Soudain, ma collègue m’a dit : « Crée une coiffe d’aborigène pour l’un des danseurs. » C’est ce que j’ai fait. Douze ans plus tard, je serais incapable de vous donner le nom de la production, mais je me souviens encore de cette coiffe aborigène.

Pour vous, travailler au Grand Théâtre de Genève c’est ..?
…faire ce que j’aime ! Être l’un des rouages qui permet au spectacle de prendre vie ; une superbe sensation. Cela consiste aussi me réinventer chaque jour, car il n’existe pas de mode d’emploi pour ce travail : chaque journée constitue un vrai challenge.

Vous avez participé à la conception de la robe de Marguerite pour la production de Faust : quel rôle avez-vous joué ?
Au mois de juin 2016, les maquettes de Jean-Pierre Vergier pour Faust sont parvenues aux ateliers. Immédiatement, le dessin de la robe de Marguerite a attiré mon regard. Elle avait l’air somptueuse avec ses miroirs. Le défi a débuté : créer une robe qui donne l’impression d’être composée d’éclats de diamants. Dans l’atelier, nous avions déjà travaillé avec un plastique, qui rend un effet de miroir convaincant, à l’occasion d’une Flûte Enchantée. Il suffisait donc de trouver une technique pour assembler les éléments afin de les monter en volumes et de les disposer sur une toile. En montant les premiers volumes, j’ai essayé différentes techniques d’assemblage, puis j’ai imprimé le dessin de M. Vergier en grandeur nature pour m’en servir comme d’une grille de création. Une fois concept validé, nous avons commencé à produire les différents volumes qui ont ensuite été cousus sur la robe. Il aura fallu deux ateliers, la couture et la décoration de costume, deux décoratrices, deux mois de travail et plus de 100 éléments géométriques cousus un à un, pour terminer cette robe ! Mais le défi méritait d’être relevé !

Pour en savoir plus sur la robe miroir de Marguerite, suivez le lien ci-dessous.

Expo virtuelle

Faust de Charles Gounod, du 1er au 18 février 2018 à l'Opéra des Nations

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