Saison 17-18

Fantasio ou la raison d'aimer

Entretien avec Thomas Jolly par Olivier Gurtner.

Il a la tête dans les étoiles, des idées qui fusent et une furieuse envie de dépoussiérer l’art lyrique. Sa poudre magique ? Des œuvres oubliées et un regard neuf –mais modeste– sur le rôle du metteur en scène. Thomas Jolly dévoilera son talent sur Fantasio, un opéra-comique composé par Jacques Offenbach, présenté en nouvelle production par le Grand Théâtre de Genève du 3 au 20 novembre, en co-production avec l’Opéra Comique.


Thomas Jolly © DR

Certains vous qualifient de Wunderkind de la scène française ou d’enfant terrible de la mise en scène. Vous reconnaissez-vous dans ces qualificatifs ?
Ce sont des effets de formulation convenus. Un enfant je ne suis pas; j’ai 36 ans. Ces formules traduisent un problème, comme s’il fallait spécifier qu’on est jeune, que la jeunesse n’était pas considérée comme une réelle qualité. Je dirais que l’inconscience, l’énergie et l’insolence sont le vrai talent. Par contre, que des maisons aussi prestigieuses que l’Opéra de Paris et l’Opéra Comique m’aient fait confiance aussi jeune, c’est une belle démonstration d’ouverture.

Vous aimez vous attaquer à des œuvres oubliées : Eliogabalo, Richard III et maintenant Fantasio, que le Grand Théâtre de Genève présente en novembre. Pour quelles raisons ?
Je dois préciser qu’on m’a proposé de les monter et ensuite j’ai choisi d’accepter. J’ai envie d’avoir une page blanche face à moi, des œuvres avec peu de passif, de références en termes d’interprétation. Cela me donne plus de liberté.

Pourquoi Fantasio alors ?
Si on regarde les spectacles que j’ai eu le plaisir de travailler, on compte toujours un caractère monstrueux, au niveau politique (Richard III), sexuel (Eliogabalo) ou fantastique (Arlequin poli par l’amour). Fantasio révèle également ce caractère, à commencer par son nom, qui tire son origine du grec phàntagma et phàntasma (« évocation »). Le monstre constitue une exacerbation de l’humanité réelle, et la scène est une réalité augmentée, qui doit être très baroque et brillante.


© Sébastien Soriano / Figaro

Baroque et brillante oui, en même temps vous aimez bricoler au théâtre...
C’est vrai, j’ai un amour incommensurable pour la débrouille et l’artisanat dans la technique, à plus forte raison que je ne suis pas né dans une période d’opulence financière. On m’a toujours dit : « Tu n’as pas le temps ni l’argent ». Alors il faut faire avec, par exemple, dans Fantasio, j’ai utilisé un ventilateur et une couverture de survie pour figurer l’eau.

Dans un opéra, qui est le maître, le chef d’orchestre ou le metteur en scène ?
Le chef d’orchestre, sans aucune hésitation. C’est la musique qui prime. Pour être plus précis, ma vision du metteur en scène s’inscrit à contre-courant des 50 dernières années, où celui-ci occupait un statut trop important. Contrairement au texte théâtral, dans une partition, tout est écrit : les nuances, les rythmes, les silences. Dans cet exercice, mon rôle consiste à révéler la poésie de l’œuvre.


Gergely Madaras lors des répétitions de Fantasio © GTG / Carole Parodi

Vous avez monté la Tétralogie de Shakespeare au théâtre, bientôt une Tétralogie à l’opéra ?
Je vous vois venir (rires !). Ce qui m’a passionné dans la Tétralogie shakespearienne, c’est la dilatation du temps. On déplace totalement le rapport au public, qui ne vient pas voir un spectacle mais partager du temps ensemble, devant une œuvre. Évidemment, un Ring m’intéresserait beaucoup.

Que dire à l’amateur rebuté par l’art lyrique ?
Je dirais que l’opéra, c’est facile. On en parle comme d’un art bourgeois et élitiste, alors que les livrets sont rarement d’une grande complexité ! Il est vrai que la pratique a longtemps été très bourgeoise, mais tout a changé et aujourd’hui beaucoup d’efforts sont faits pour retirer cette image. Il faut arracher ce vernis, qui ne tient plus. 


Dessin réalisé par Luz et paru dans le magazine ACT-O n°8

Et à celui qui ne connaît pas Fantasio ?
Fantasio est œuvre claire, lisible et joyeuse, qui célèbre la paix et le vivre ensemble. On retrouve beaucoup de références qui parlent aux jeunes d’aujourd’hui : le désenchantement politique ou le désir d’amour. À eux, je dirais simplement que ce Fantasio vous ressemble.

Fantasio de Jacques Offenbach, du 3 au 20 novembre à l'Opéra des Nations

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