Saison 18-19

Entretien avec Serena Sinigaglia

La metteure en scène d'I Pagliacci nous présente son projet pour le Grand Théâtre


© Serena Serrani

Cavalleria rusticana et I Pagliacci au Grand Théâtre de Genève ; que pouvez-vous nous dire de ce projet ?
En raison de leur rôle commun dans le vérisme italien du XIXème siècle, ces deux opéras sont souvent représentés ensemble. Il y a une profusion d’éléments similaires dans ces deux œuvres. Les deux histoires se déroulent dans le sud de l’Italie – Cavalleria Rusticana en Sicile et I Pagliacci en Calabre - dans des villes campagnardes à la mentalité patriarcale. L’origine des livrets est également semblable, tous deux s’inspirant des chroniques de faits divers sanglants. Emma Dante a déjà créé Cavalleria Rusticana au Teatro Communale di Bologne. Ma mise en scène d'I Pagliacci, en nouvelle production, se joindra à la sienne à Genève.

Durant la saison 16-17 le Grand Théâtre vous accueillait pour la mise en scène d'Il Giasone. 500 ans le séparent d’I Pagliacci ; l’un traite d’un sujet mythologique l’autre d’un sujet de société. Comment prépare-t-on deux pièces aussi différentes ?
Chaque spectacle, chaque texte, chaque opéra est un voyage au cœur d’un monde et d’un imaginaire différent ; mais je reste la même d’une pièce à l’autre. I Pagliacci sera le même voyage que j’ai entrepris avec Il Giasone et, en même temps, son parfait opposé.

Vous avez travaillé aux côtés d’Emma Dante : comment se déroule votre collaboration sur ce décor unique ?
Le décor d’Emma me sert de fondement. Cependant, je le ferai évoluer sans volonté de continuité, mais de complémentarité – comme si les deux décors, et les deux œuvres, étaient les deux faces d’une même pièce. Cavalleria rusticana et I Pagliacci s’enchaîneront et, durant le Prologue d’I Pagliacci, le décor sera démonté à la vue du public. Les artistes se mêleront peu à peu aux machinistes et accessoiristes finissant de préparer la scène. L’un deux, Tonio (Roman Burdenko), prendra alors la parole avant de chanter son manifeste vériste. Ce prologue marquera le passage graduel entre les deux œuvres et rappellera au spectateur que même si le théâtre n’est que fiction, ces deux opéras relatent des faits réels publiés régulièrement dans les chroniques de faits divers.

Dans l’histoire, Colombine et Santuzza ; sur scène, Emma Dante et vous. Serait-ce une ode aux femmes ?
« Evviva ! » Dans les deux histoires, une figure féminine centrale affronte un contexte passionné et brutal – situation quotidienne pour beaucoup de femme encore aujourd’hui. Emma Dante et moi-même sommes deux des rares femmes metteur en scène en Italie… ou du moins les rares qui jouissent de reconnaissance. Nous permettre de travailler côte à côte dans un projet similaire est une opportunité incroyable.

I Pagliacci se déroule en Sicile, Cavalleria rusticana en Calabre. Pour Emma Dante cela représente une occasion de parler d’appartenance, d’origines, même si pour elle une grande œuvre d’art n’est pas liée à un lieu en particulier. Qu’en est-il pour vous ?
« Une œuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité » disait Rainer Maria Rilke. Cela résume parfaitement ma manière de voir l’art. 

Travailler dans un décor abstrait dans le cadre d’un opéra vériste, cela laisse-t-il plus de place à la mise en scène et au jeu d’acteurs ?
Un environnement abstrait, si le concept a été soigneusement étudié, offre l’espace nécessaire à la tragédie pour se déployer. Le réalisme n’est bon que pour les drames bourgeois. La tragédie aspire à l’universalité, sans temps ni lieu précis, où le plus important c’est l’humain.

Entretien réalisé par Tania Rutigliani

Cavalleria Rusticana / I Pagliacci, du 17 au 29 mars 2018 à l'Opéra des Nations

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