Saison 17-18

Figaro… comme un fantôme…

Par Joan Mompart


© GTG / Samuel Rubio

Chez Beaumarchais, pour la première fois dans l’histoire du théâtre français, un valet a le premier rôle : sur scène, comme dans la société française du XVIIIème siècle, le pouvoir s’ébranle. Louis XVI aurait déclaré à propos du Mariage de Figaro : « C’est détestable, cela ne sera jamais joué : il faudrait détruire la Bastille pour que la représentation de cette pièce ne fût pas une inconséquence dangereuse. »

Pourquoi Figaro intéresse-t-il tout le monde ? Pourquoi dérange-t-il ? Pourquoi traverse-t-il les époques ? Pourquoi ses mots gardent-ils leur pouvoir ? Pourquoi le Comte ne peut-t-il se passer de Rosine ? Pourquoi est-il prêt à tout pour l’arracher des mains de Bartolo ? Pourquoi Rosine ne peut-t-elle éviter de désirer Chérubin ? Pourquoi Figaro lui-même est-il fou de Suzanne ?... pourquoi Mozart n’a pas pu s’empêcher de s’en emparer ?
Figaro est un révélateur d’émotions, dans son sillage les pulsions humaines les plus primaires taraudent les nobles les plus impassibles, les valets les plus dévoués... Chez Figaro, on saute par les fenêtres, on sort la nuit dans un champ de marronniers et les journées sont toujours folles. Les pulsions de vie, parfois contradictoires, se révèlent : gaîté, mélancolie, désir brûlant. Toutes les passions s’éveillent. L’imagination est sans limites, elle provoque des intrigues à multiples rebondissements avec un sens de la ré- partie d’une saveur rare...?

Voici venir Figaro-ci, Figaro-là ! un spectacle où Figaro lui-même recevra la visite des personnages du Barbier de Séville, du Mariage de Figaro, de La Mère coupable... Le Comte, La Comtesse, Bartolo, Bazile, Chérubin, Suzanne viendront le hanter en chantant Paisiello, Rossini, Mozart... alors qu’il tâchera de nous raconter son histoire. Comme un fantôme sur la scène de l’Opéra des Nations qui se serait perdu une fois le décor de son opéra démonté...

Si Figaro perdure c’est, je crois, parce qu’en nous parlant de lui, il nous parle de nous. J’ai l’impression que chacun des personnages qui l’entourent est une partie de nous, un « moi » éclaté, comme Figaro le dit lui-même : « (...) quel est ce moi dont je m’occupe : un assemblage informe de parties inconnues ».
Et puis, à la fin, est-ce que ce cher Figaro ne serait pas en train de nous parler tout simplement de la vie ?

Figaro-ci, Figaro-là ! du 13 novembre 2017 au 22 mars 2018 à l'Opéra des Nations