Saison 18-19

Il Pirata de Vincenzo Bellini

Le bel canto se plie au drame

L’histoire est simple : un ténor aime une soprano qui est mariée de force à un baryton. Le cadre, que l’on croirait tiré d’une peinture de William Turner, emporte le spectateur sur une plage de la côte italienne. On constate que le choix de la pièce est également lié à la fascination qu’ont le compositeur et le librettiste pour l’atmosphère médiéval et aux références romantiques - en insérant, par exemple, le naufrage d’un navire ou encore un duel fatal. Après une Sinfonia où le talent de mélodiste de Bellini s’exprime librement, l’œuvre débute en pleine tempête et nous plonge dans un maelström d’évènements déjà mis en marche avant même la première note de l’opéra. Dans cet œuvre, qui n’est que son troisième opéra, Bellini pose les jalons des différents éléments de son écriture qui marqueront le public par des opéras tels que Norma, I Capuleti e i Montecchi ou I puritani. Il abandonne la fin heureuse pour se concentrer sur de nouvelles manières d’exprimer les sentiments les plus complexes – comme par exemple son Imogene rendue folle par par la douleur de la perte de son amant.

Il Pirata marque également la première collaboration entre le librettiste Felice Romani, l’un plus prisés de sa génération (il a notamment travaillé avec Rossini, Verdi et Donizetti) et le compositeur. La richesse du livret fait écho à la volonté de Bellini de donner une importance nouvelle au texte. Romani s’inspire, entre autres, d’un roman gothique de Charles Robert Maturin, dont il transformera les personnages en héros et héroïnes romantiques. Cette excursion dans le romantisme permet à l’œuvre de connaître un succès international. D’ailleurs, peu après la première à la Scala de Milan, Il Pirata s’exporte à Paris, Vienne et Londres. Ce melodramma disparaît pourtant du répertoire à la fin du XIXème siècle – probablement à cause de sa complexité vocale, ce n’est que grâce au concours de Maria Callas que la pièce renait de ses cendres en 1958 dans le théâtre qui l’a créée.

Ce sont trois artistes lyriques de renom qui incarneront les personnages de ce triangle amoureux. La douce Imogene, dont la grande scène de folie « Col sorriso d’innocenza » (avec le sourire de l’innocence) marque un tournant dans l’histoire de la musique, est interprétée par la soprano lauréate du Concours Vincenzo Bellini : Roberta Mantegna - dont l'interprétation du rôle à La Scala de Milan en alternance avec Sonya Yoncheva en 2018 a marqué le public et la critique. En Ernesto, le méchant duc de de Caldora : Franco Vassallo, un habitué des rôles titres verdiens – que l’on retrouvera d’ailleurs dans Un ballo in maschera qui clôt cette saison au Grand Théâtre de Genève, retourne à se racines belcantistes. Finalement, les prouesses vocales et la versatilité de Michael Spyres le qualifient parfaitement pour le rôle du ténor amoureux : Gualtiero. En fosse, Daniele Callegari – qui a toujours porté au répertoire dit « désuet » un intérêt particulier, sera à la tête de l’Orchestra Filarmonica Marchigiana. Un cast qui présage deux soirée d’exception !

L’histoire en quelques mots
Dans le Royaume de Sicile au XIIIème siècle, le comte de Montalto, Gualtiero est chassé de ses terres par le duc de Caldora, Ernesto. Il devient alors le chef d’une bande de pirates et vogue sur les océans alors que sa bien-aimée, Imogene, est mariée sous la contrainte à son ennemi Ernesto. Une tempête fait échouer le navire de Gualtiero proche du château d’Imogene. Les deux amants se retrouvent avec passion. Ernesto surprend le couple et provoque le pirate en duel. Ernesto meurt au cour du duel et Gualtiero est emmené par la garde et condamé à mort. Imogene sombre alors dans la folie. 

Par Tania Rutigliani
Illustration : Un bateau dans la tempête - Gustave Doré (1876)

Il Pirata, 22 & 24 février 2019 au Grand Théâtre

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